LE PROJET & MOI

Tout est parti de quatre tasses dépareillées.

Je m’appelle Louis. Je conçois des applications, et je fais de la céramique depuis un an — surtout à la plaque, dans un atelier du 18e.

Il y a quelques mois, j’ai voulu me faire un service : quatre tasses en grès chamotté, une forme repérée dans un tuto, mes plaques découpées à main levée directement sur la terre.

Aucune n’était vraiment droite. Aucune ne faisait vraiment la même taille. Les quatre anses n’étaient vraiment pas les mêmes.

Le plus troublant, c’est qu’elles étaient jolies. Prise une par une, chaque tasse allait très bien. Mais côte à côte sur l’étagère, elles n’avaient plus rien d’une série.

CE QUE J’AI COMPRIS CE JOUR-LÀ

C’est le gabarit qui fait la série.

À main levée, on réussit une pièce unique. La régularité se joue avant le montage : dans le patron, la géométrie, le retrait et l’épaisseur de la plaque.

Alors j’ai codé l’outil que je cherchais.

Je passe mes journées à concevoir des outils pour simplifier la vie des gens. Cette fois, l’utilisateur, c’était moi. L’idée tenait en une phrase : choisir une forme, entrer les dimensions de la pièce telle qu’on la veut une fois cuite, et laisser le programme sortir un patron à imprimer.

Il a fallu ressortir les cahiers de maths du lycée, tester, imprimer, découper, monter, constater que ça ne tombait pas juste, et recommencer. Puis créer un patron est devenu assez rapide pour oser davantage : un peu plus haut, plus large, une autre ouverture.

Un bilan comptable désastreux.

L’outil me fait gagner une trentaine de minutes par gabarit. J’ai passé plus de cent heures à le développer. À ce rythme, je serai rentable vers 2032.

Mais ces cent heures n’étaient pas un coût : c’était le seul moment où mes deux passions, le code et la terre, faisaient la même chose en même temps. C’est aussi pour ça que l’outil est gratuit, sans compte ni abonnement.

Depuis, mes tasses se ressemblent. Deux espressos, dessinés dans l’outil. Les deux identiques. Je les utilise tous les matins.